"Un livre est un fusil chargé. Qui sait qui pourrait être la cible de l'homme cultivé ?" - Ray. Bradbury - Fahrenheit 451

PRÉSENTATION

Des changements nombreux et profonds ont lieu actuellement. Est-ce la fin du capitalisme ? Est-ce un changement de civilisation ? Ou bien est-ce le système actuel qui évolue ?
Quelle que soit la nature de ces changements, ils ne se font pas en douceur, surtout pour les plus fragiles d’entre nous. De nombreuses forces antagonistes s’affrontent dans une lutte pour la survie, certaines s’arc-boutant sur des acquis qu’elles ne sont pas prêtes à abandonner sans lutter tandis que d’autres émergent et manquent encore de la puissance nécessaire pour les affronter à armes égales. Le capitalisme industriel et financier tente par tous les moyens dont il dispose de transformer tous les pans de nos vies en marchandises tandis que les sociétés, autrefois plus cloisonnées – Foucault les qualifiait de cellules disciplinaires –, sont de plus en plus fluides et s’architecturent en réseau, comme Deleuze l’avait vu. De personnes, nous sommes devenus des individus dont les désirs n’ont cessé d’être la cible d’un marketing qui n’est à son aise que dans la segmentation à l’extrême, nous transformant peu à peu en individus atomisés, en autant de dividus dont chaque désir doit être programmable et prévisible pour des raisons évidentes d’objectifs de rentabilité à deux chiffres. L’imaginaire, le fantasme, les désirs, bref tout ce qui constituait nos personnes doit être réifié, atomisé, à seules fins commerciales.
Et bien sûr, l’écrit, romanesque ou non, n’échappe pas à cette coupe serrée. C’est maintenant le temps de la vitesse, d’Internet, des réseaux sociaux, du blog, voire du micro blog à 140 caractères, de la surinformation et de la versatilité. Le malaise que ressentait la personne lors de la perte de son statut au profit de l’individu s’est considérablement accru maintenant que l’individu est divisible à souhait.
Un auteur, dans ce contexte, est un résistant. Le champ de la création échappe à l’individu – et plus encore aux dividus. Quel auteur peut encore se sentir à sa place face aux exigences de profitabilité que lui imposent Galligrasset et les autres ?

Les auteurs ont toujours eu une place privilégiée quand il s’est agi de tirer les lignes de fuites à partir du présent, d’entrevoir les possibles par une vision acérée du présent et du passé. Mais les auteurs pourront-ils conserver ce rôle dès lors qu’on leur demandera de plus en plus d’écrire quasiment sur commande des écrits-marketing ? Un auteur est d’abord et avant tout un porteur d’univers qui dispose du talent du partage. Un auteur produit dans un élan de générosité étranger à la logique marchande. Mais un auteur a aussi besoin d’être diffusé, lu et reconnu pour continuer d’exister en tant que personne, car une personne est d’abord et avant tout un réseau de relations à l’être, aux êtres.
De nombreuses expériences éditoriales comme la nôtre existent et existeront, et nous les souhaitons nombreuses et variées. Aussi nous ne pensons pas être en concurrence ni avoir de concurrents.
Nous voulons redonner leur place aux auteurs, car redonner leur place à ces résistants, c’est aussi faire résistance.
Mais nous ne pouvons ni ne voulons accueillir tous les auteurs. Nous voulons accueillir ceux qui auront à cœur d’étudier tous ces changements, de façon savante et/ou imaginative. Nous voulons accueillir des œuvres critiques, qu’elles soient sociales, économiques, politiques, etc. Nous voulons accueillir des travaux d’études, de mise à disposition de la connaissance scientifique. Bien entendu, la fiction doit prendre aussi une bonne place dans les ouvrages que nous souhaitons diffuser. Bref, que nos auteurs, par leurs œuvres, produisent autant le sens du présent que les lignes de fuites qui s’en dégagent.
Surtout, nous voulons que la personne de nos auteurs s’adressant à la personne de leurs lecteurs suscite ou ressuscite cette personne en eux.

L’équipe Long Shu Publishing

© Copyright - Long Shu Publishing - Tous droits réservés Mentions légales